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08 juillet 2008

Bulletin de santé - bulletin de santé - bulletin de santé

Des problèmes de santé (pathologies du sommeil).


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un rapatriement sanitaire en métropole avec toubibs et tout et tout ...
ce blog est en pause pour quelques semaines!

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17 mai 2008

Chapitre 10 : rencontre du troisième type

Pour vous «venger», vous lui laissez enfants et maison et partez deux jours à l'île des Pins (endroit paradisiaque s'il en est), avec votre amie, Stéphanie, venue de métropole. D'une blondeur divine, le visage creusé de délicieuses fossettes. Une peau dorée à souhait qui souligne la malice de ses yeux. Elle est superbe.
PB240109Quand vous vous êtes rencontrée, une quinzaine d'années plus tôt, en pleine adolescence, elle arborait un magnifique appareil dentaire (presque aussi beau que le vôtre, qui, lui, était agrémenté d'affreux élastiques jaunes, laissant supposer que vous ignoriez l'existence des brosses à dent!), une peau couverte d'acné (faisiez un concours, on vous appelait «les calculatrices») et de longs bras inutiles (les vôtres étaient trop courts). D'un air veule, elle rajustait sans cesse sa paire de lunettes triple foyer en plissant nerveusement le nez.
A l'époque, vous êtes persuadées que la gente masculine entière vous en veut.

Une solide complicité en naîtra.
Sa personnalité si attachante, parfois même un peu ingénue, sa pétulance et ses idées saugrenues achèveront de vous séduire.
Vous ne vous séparerez plus.

PB220046Arrivées à la première heure, vous prévoyez un programme 100% touristique: pirogues, piscine...etc.

Rien ne se passe comme prévu.

A la descente de l'avion, un taxi vous attend. Mini-bus blanc, conducteur jovial, en claquettes. Vous prenez place. Dernière banquette (un vieux truc de votre enfance: dans les bus scolaires, être au fond était une question d'honneur [et surtout la meilleure façon de faire les andouilles sans être vus!]. Or vous vous retrouviez toujours devant, à côté du conducteur [honte suprême] à cause du mal des transports. Grotesque frustration pré-pubère que Stéphanie vous rappelle sournoisement dans un éclat de rire. Riez aussi.)

 

Une fois les autres passagers installés, votre chauffeur Kanak se tourne vers vous et annonce tout de go, d'un ton placide:
- Les pirogues sont déjà parties.
- Comment? Sans nous? (vous qui pensiez avoir tout prévu!)

- Mais nous devions embarquer ce matin à la descente de l'avion! ajoute Stéphanie.

Devant nos mines désappointées, il cherche une solution.
Et trouve.

- Eh bien, vous vous rendrez directement sur la plage où elles doivent mouiller. De là, elles vous prendront.

Toutes ragaillardies, vous projetez d'attendre sagement l'arrivée des embarcations sur la dite plage.

- Vous pouvez nous y déposer?

Votre interlocuteur vous observe, amusé. Visiblement, vous avez tout des touristes un peu écervelées (blondes qui plus est).

- Impossible, elle n'est pas accessible par la route.

Ça se complique.

- Vous devrez juste marcher «un peu» dans la forêt, réplique-t-il avec
bonhomie.
Oh, si ce n'est que ça...
Cela ne vous effraie pas (votre 6ème sens est de nouveau en berne). Les randonnées, vous connaissez (combien de dimanches, enfant, vous avez joyeusement pataugé dans la boue des forêts ardennaises, parce qu'il fallait «prendre l'air»!!).
-
Par où devons-nous passer? Interrogez-vous tout de même.Il répond un sempiternel «là-bas» - toujours le même mouvement du bras, imprécis mais indiscutable - et vous voilà seules, avec vos sacs à dos (pèsent une tonne, enfin, le minimum vital pour une journée filles, quoi...). N'avez pas de boussole et on connaît votre sens de l'orientation..
Eh bien, vous n'avez plus qu'à vous lancer. Un chemin s'ouvre sous vos pas. PB230084Banzaï!

C'est tout juste si, amazones aguerries (le sein droit en plus!), vous n'êtes pas armées de sagaies, en train de partir chasser la roussette (chauve-souris/plat de fête)
en brousse.
Vous pouffez comme des collégiennes, riez de tout... et vous enfoncez dans une végétation dense, voire un peu hostile.
Premier embranchement.
A droite ou à gauche?

- Sûrement à droite. Go.

Tout faux (avez fumé ou quoi? Savez bien que votre intuition topographique est proche de zéro!! ). Les arbres se resserrent, les bruits se font de plus en plus étouffés. Vous avez le sentiment de pénétrer un lieu que vous ne devriez pas fouler. Votre belle humeur en prend un coup.

Nouvel embranchement.

Pas âme qui vive.
Sous les rires et les blagues potaches, aucune ne veut avouer à l'autre ses doutes. Bah, on va bien trouver...

Cette fois, vous tournez à gauche, résolument.

Puis votre conviction... se délite au fur et à mesure que s'égrainent les minutes. Le chemin vous semble davantage tracé, oui, mais la progression dure depuis maintenant une demi-heure et toujours pas de plage à l'horizon.

Pas grave, allez. Vous tentez de reprendre vos babillages et continuez votre route. Stéphanie part alors dans une diatribe sur
votre cher professeur d'anglais que vous faisiez délicieusement enrager (les cerises écrabouillées dans son sac, c'était vous!)... quand elle s'arrête. Brusquement.
Des grognements plaintifs s'élèvent de part et d'autre du sentier, à intervalles réguliers.

- Tu as entendu? S'alarme Stéphanie.

- Ah, là, là, la trouillarde! Ce n'est sûrement rien du tout, alléguez-vous, mi-amusée, mi-(secrètement) inquiète. Un petit animal sans doute.

Vous changez de sujet et arguez, pour la rassurer, de votre courage inouï face à l'énorme (si, si) scolopendre que vous aviez rencontré lors de votre installation (omettez subrepticement l'épisode du Décap'four. Pas assez héroïque!).

Les grognements se rapprochent. Vous perdez un peu de votre superbe. Avez l'air «fin maline»
maintenant. Quelle idée de vouloir faire la brave!!
Et puis, ça vous rappelle de mauvais souvenirs ... un jour de décembre, lors d'une de vos promenades familiales, vous aviez été assaillie par un marcassin affolé.  Aviez à peine eu le temps de vous réfugier piteusement dans le premier arbre venu de cette sylve hostile, maudissant votre agresseur.

Toute à vos méditations, vous vous taisez depuis cinq bonnes minutes.

Finalement, qui vous dit que vous avez emprunté la bonne direction? Ruminez-vous.

Votre marche se fait plus lente, hésitante.
Stéphanie, que votre pamphlet sur les scolopendres n'a pas sécurisée (ne pas oublier qu'elle vous connaît depuis quelques années tout de même), a du mal à dissimuler son appréhension.

- Grouin, grouin, mugit-on derrière d'épais buissons.

Retenant votre respiration, vous ne savez que faire. Continuer? Crier (facile)? Marcher sans bruit?

La végétation de la mangrove
, touffue, laisse peu percevoir le soleil.
Vous avancez à l'aveugle.

- Je sens une présence... là... toute proche.

Stéphanie a la trouille et vous, vous paniquez.
- Allez, on en a assez entendu. Vite, barrons-nous!

(eh oui, encore et toujours la fuite)

Toute votre bravoure s'est évanouie pour faire place à une peur panique. (Revoyez votre marcassin, babines frémissantes, lancé à vos trousses.)

Dans votre superbe sprint retour, vous réalisez que vous avez perdu en route vos lunettes de soleil (ah non! des Gucci!). Pas question de les laisser là, quelque part dans la brousse! Vous partez donc frénétiquement à leur recherche, la tête enfouie dans les fourrés.
Pas de lunettes.
Les taillis sont vraiment très épais.
Mais, mais... c'est vrai qu'on dirait qu'il y a quelqu'un... (Cheveux hérissés, couverte d'égratignures, vous relevez la tête...).
Vous ne le savez pas encore mais vous vous préparez à une sorte de rencontre du troisième type.
Sur VOTRE (en vacances, vous avez l'impression que le monde vous appartient)
île de rêve, aux eaux d'un bleu pur et sable immaculé, là, à deux pas de vous, se trouvent ... des GORETS.
Parfaitement, un genre de... de parc à cochons
.
Des petits, des gros, des truies. Ils se roulent dans la fange avec une joie non dissimulée et s'avancent vers vous, groin en avant.

Pendant quelques instants (le temps que toutes ces informations atteignent votre petit cerveau et qu'il les analyse, autant dire, un siècle), vous restez pétrifiée. N'aviez, naïvement pas imaginé un instant croiser des pourceaux en pleine nature, en lieu et place de votre rivage de carte postale!

Les spécimens, curieux, commencent à se rapprocher. Il est temps de reprendre vos esprits, et vite.
Inutile de vous appesantir cent ans, à les regarder de cet air abruti, pour peu qu'il y en ait un qui veuille vous dire bonjour d'un peu trop près!
Et votre amie qui se demande ce que vous fabriquez:

-  Tu viens? Qu'est-ce-que tu as à rester plantée la bouche ouverte?

Stéphanie est venue. Stéphanie a vu. Stéphanie a couru, et du plus vite qu'elle pouvait, suivie de près par vous, affolée à l'idée que vous étiez touchée par la malédiction des porcins (ben oui, après le marcassin, quand même).
Le coeur palpitant après une course échevelée (plus question de papoter gentiment), vous revoilà, penaudes...

... au point de départ. Déconfiture.
Vous vous octroyez alors un petit remontant (toujours un paquet de M&M's dans le sac).
Et les pirogues alors? Ce ne sont pas des petits cochons qui vont vous décourager, hein? (ne teniez pas le même discours quelques instants plus tôt!).
Vous demandez alors, carrément, qu'on vous accompagne jusqu'au commencement de la (VRAIE) piste.
Et vous êtes enfin en route pour la baie d'Upi, un peu honteuse de votre réaction (les porcs ont eu sûrement bien plus peur que vous).
no_l_2007_071Les rires sont un peu moins forts.
Les discussions moins cabotines.
L'une comme l'autre, n'arrêtez pas de butter sur les racines des palétuviers qui sortent du sol, en quête d'une plage dont vous vous demandez si elle existe vraiment. Le silence est peuplé de cris d'oiseaux et autres animaux. Toujours personne.
Trois quart d'heure de marche plus tard (soufflez comme des boeufs... avez pas fait de sport depuis la naissance de votre cadette), il vous semble apercevoir quelqu'un. On avance vers vous. Une femme.
- Ahhh, laisse échapper Stéphanie (qui en a autant plein les pieds que vous).
- Où est la baie d'Upi, s'il vous plaît? (ton suppliant) vous empressez-vous de questionner.
Elle vous toise. Touriste japonaise. Jolie. Ultra tendance. Et ne
parle pas un mot de français (c'est bien votre veine).
- Don't know, don't know. (accent japonais)
C'est tout?
C'est tout.
Mais déjà, une autre silhouette se profile. Tous vos espoirs fondent sur lui. Un homme.
Japonais aussi
Il semblerait, pourtant, que vous ayez plus de chance.
Même question; réplique un petit peu plus informative:
- Arrivées pirogues. Vous, continuez. Chemin tout droit... Plage. (re-accent japonais...espérez avoir bien compris!)

- Plage
(n'avez jamais autant aimé le mot)? Oh, merci, merci.
Eh bien. ENFIN.
Heureusement que vous avez demandé au gîte de prévenir le frère du cousin du copain
(vous me suivez?) d'un de ceux qui naviguent sur les pirogues  pour qu'il vous attende! Simple en somme, non?
Non.
Un doute vous traverse. Fulgurant.
Et si le message n'était pas passé? Et si les embarcations étaient déjà reparties, une fois leur cargaison de touristes déposée?
Re- sprint.
Manquez de vous étalez une bonne quinzaine de fois.
Et là, la plage, grandiose, sauvage et... désertique!!!
Vous voyez bien les pirogues, leur coque, longue et étroite. Ah ça, vous les voyez
mais...
AU LOIN.
Ne vous ont pas attendues...
Deuxième retour au point de départ.
Vous arrivez harassées, exténuées, éreintées, flapies, flagadas. Bref, f
olle ambiance dans les rangs!
Il va falloir toute l'originalité et la joie d'un bon dîner roboratif traditionnel pour vous déridez.
Ça, on peut dire qu'«ils» ont le sens de la fête ici... et que la blonde Stéphanie ne laisse pas indifférent...

Posté par pauletmanue à 08:47 - Commentaires [8] - Permalien [#]
18 avril 2008

Chapitre 9 :comment ça s'est vraiment passé

Clic. La radio de votre voiture se met à crépiter. Vous tournez le bouton pour capter la bonne fréquence. La réception est mauvaise.
- (Crrrr) ... assainir votre maison.
.. (crr) antiparasite... vous serez tranquille! Champion de la dératisation! Vante une voix rocailleuse.
Comme elle vendrait une nouvelle serpillère révolutionnaire, cette publicité loue les mérites du dernier produit contre les rats. Pas de doute, vous n'êtes pas en métropole...
Jingle.
- Et voici les infos. En titre: la Calédonie en préalerte cyclonique... (crrrr)
Tous vos sens sont mobilisés vers le petit poste de votre tableau de bord.

- Le cyclone GENE a déjà causé la mort de 6 personnes aux îles Fidji et se rapproche dangereusement de la Calédonie... poursuit le journaliste.vent_arbre
Levant la tête vers le ciel, bas, les nuages vous semblent soudain extrêmement menaçants.Sinistre...
- Faites des réserves d'eau, de nourriture, prévoyez des provisions de bougies et lampes tempête...crrr.
Les ondes se brouillent. Puis, plus rien. Vous vous acharnez... pas moyen, le son est bel et bien coupé. Bon, réagir. Avant de regagner votre maison en vitesse, constituer un stock impressionnant de denrées indispensables à la survie de votre petite famille. 30 minutes plus tard, parvenue au plus proche commerce, vous vous ruez sur le rayon «eau minérale» et en videz maladroitement la moitié, dans votre caddie... sous l'oeil désapprobateur de certains consommateurs. Même pillage au rayon droguerie, conserves... 3 boîtes de raviolis dans chaque main... l'équilibre est précaire.
- Pensez aux bougies! Un cyclone, ça peut durer...1, 2 voire 3 jours ..., entendez-vous.
Nouvelle frénésie. Cette fois vous attaquez le coin petits pots de bébés. Votre chariot regorge de produits en tout genre... que, dans votre course, vous semez aux quatre coins du magazin.
On vous observe avec surprise. Certains affichent même une moue condescendante
.
Vous avez la vague impression qu'on vous prend pour une acheteuse compulsive au dernier degré ou une excentrique un peu fêlée.
Quoi? «Ils» ont bien dit de s'approvisionner, non? Auriez-vous vu un peu grand?
Il vous faut maintenant aller à la «fontaine» où de nombreuses personnes attendent de remplir leurs jerricanes. ERIKA ... ERIKA...Le nom du dernier cyclone dévastateur en Calédonie est sur toutes les lèvres. La fièvre vous gagne...
Il pleut désormais à verse. Rafales de vent. La tempête joue aux quilles avec vos bouteilles... Les arbres se courbent dangereusement. Sémillante (dans le rôle de la mère-courage-paniquée-ne-voulant-rien-montrer) mais trempée (vos vêtements vous font une deuxième peau), vous lancez joyeusement à votre progéniture, arnachée à l'arrière du break:
- O
n rentre jouer à la maison.
Au bord de la route, les cours d'eau sortent furieusement de leur lit. Le ciel s'obscurcit de plus en plus. La mer s'agite et se creuse...Vous n'en menez pas large et abordez lentement les lacets montagneux. Votre vision est de moins en moins bonne. Les yeux plissés, vous tentez de distinguer votre chemin. Les essuie-glaces ne servent plus à grand chose. Votre conduite (30 km/heure) ressemble de plus en plus à celle de votre grande tante Ursula, 75 ans...Vous ne vous moquerez plus JAMAIS.
Arrivée à votre «villa», vous déchargez prestement votre coffre, sous des trombes d'eau. Vos cheveux dégoulinent, vous ruisselez.
L'homme est dans le salon. Il vous attend,calme (et sec!).
- Chérie, il faut que je t'explique.
- Ouiiiiiii... répondez-vous, aussi guillerette que possible.

- Il est 18h. La tempête s'intensifie. Je vais devoir partir au régiment. Nous sommes mobilisés.

- ...

- On doit tout prévoir pour venir en aide aux populations, après le passage de GENE.
Apparemment, vous ne faites pas partie des dites «populations» ... vous, vous pouvez crever chez vous, tout le monde s'en moque. (quoi? Vous, ingrate?... bon, admettons)

- Très bien, je comprends (enfin, pas le choix)... mais et nous? Risquez-vous tout de même.

- Oh, rien de particulier. Restez bien dans la maison, sans sortir... Ah, si, il faudrait fixer une planche sur la porte d'entrée (en verre!) au cas où des projectiles l'atteindraient. cyclone_010Avec la force du vent, ils pourraient la briser (perspective enthousiasmante).

- U
ne planche, une planche, ... on a ça ici?

- Oui,
oui, tu va bien trouver. Bon, ben voilà, c'est tout.

Vos neurones font un sprint. Penser à tout...

- Mais ... et la porte du garage qui ne ferme plus depuis 6 mois?

Haussement d'épaules.

- C'est rien. Quand il pleut, elle se gorge d'eau et  ferme toute seule. (!!! sauf que là, il pleut, et elle ne ferme toujours pas!) Tu vas voir, pas de souci! Faut qu'il y ait encore un peu d'eau qui tombe... c'est tout.

Fin de la discussion.

Voilà qui ne vous rassure pas du tout.
Vous repensez au plafond du salon et sa fuite d'eau non réparée, au volet droit de la cuisine qui ne coulisse plus...En plus de cela, il est de notoriété publique que vous avez deux mains gauches... Bref.

AUCUNE raison de paniquer.

Votre mari retourne travailler. Pas le temps de voir autre chose... Où se trouve le marteau dans cette foutue maison?

Ding dong. Ça sonne à la porte. Vous vous précipitez avec le vain espoir que votre mari ait oublié ses clefs ou vous annonce: finalement, je peux rester à la maison!

Rien de tout cela.

- Bonjour, je suis le chef d'îlot, responsable de votre quartier en cas de cyclone. Je dois vérifier que vous avez bien eu toutes les consignes.

- Tout va bien. (tu parles!)

Votre sourire est un peu trop éclatant. Intérieurement, c'est le champ de bataille.
Après vous avoir brieffée, il repart prévenir les autres maisons alentour.
Vous n'avez qu'une hâte: tout calfeutrer, tout protéger.

cyclone_009Vous sortez précipitamment. Balayez le jardin du regard. Bourrasque. Les chaises et la table en teck!! Vous tentez farouchement de les caser dans un garage fouilli, aux capacités d'accueil limitées. La pluie larde vos fenêtres. Vous vous affairez de toutes parts, brassant l'air.

Bizarre, vos voisins ne semblent pas s'agiter, eux. Aucun n'a rentré son salon de jardin...

Mais vous êtes branchée sur une prise de 10000 wolts. Pas le loisir de réfléchir, il faut faire vite.
Occupée à l'inventaire de vos tâches urgentes, vous ne remarquez pas immédiatement que votre ordinateur émet des signaux. Une sonnerie retentit. Sur des charbons ardents, vous sursautez.

Tante Ursula!!! Elle
essaie de vous appeler, via internet, par écran interposé. (En temps normal, vous savourez les merveilles de la technologie mais là, pas le temps!!). Décrochez rapidement . Vous voulez lui exposer brièvement la situation. Le son est mauvais, intempéries obligent. Le décalage horaire (tante Ursula, vraisemblablement encore dans les limbes du sommeil, vient de se réveiller) ajouté aux perturbations de la ligne rendent la conversation absurde.
Tante Ursula
: On a appris qu'un cyclone arrivait droit sur vous...crrr
Vous : ... grrrrrrr...zzzzzz, Oui ... assez...
violent... ça fouette le visage...
Tante Ursula: (blanc- grésillements-blanc) Quoi? On t'a frappé?
Vous :
 ... mais non! Quelle idée... je te parle du cyclone!...TOUT VA BIEN, enfin, pour l'instant..ordi_001
Dialogue de sourds. Se concentrer malgré les phrases hachées.
Vous: le cyclone n'est pas là... pas
encore...
Tante Ursula: (blanc- grésillements-blanc) comment? des corps??? y a des morts??? Ma pauvre chérie...
Les interférences sont telles que vous redoutez une coupure de la ligne.
Vous : ... liaison très mauvaise... ç'est peut-être la fin...grgrgrg... de la communication...on se rappellera...
Tante Ursula : ... mais non, ma grande, ce n'est pas la fin! Hauts les coeurs! Sois courageuse...
Vous: ...
Plus d'électricité. L'écran devient noir.
Vous priez pour que tante Ursula ne fasse pas d'infarctus. Retournez frénétiquement à vos préparatifs... et repensez aux discussions invraisemblables qu'engendre le téléphone quand 22000 km séparent les interlocuteurs.
Si votre soeur vous appelle pour vous raconter les dernières nouvelles : vous comprenez que sa copine Clara est partie s'installer avec Brad Pitt dans un couvent brésilien, sur un tapis volant pour faire une suprise à son chat... Ca vous rend folle...
Quand ce n'est pas l'éloignement qui rend difficile toute conversation, c'est la foudre qui tombe sur votre modem (avez hurlé de peur quand c'est arrivé); ou les pluies qui brouillent l'image de votre téléviseur. L'homme a bien tenté de mettre en place un savant arrangement de fils pour améliorer la situation... mais vous n'êtes parvenue qu'à les emmêler et ne savez absolument pas vous servir de l'installation élaborée méticuleusement. Seule trouvaille (dont vous êtes très fière): quand vous vous maintenez à une trentaine de centimètres du petit écran, les bras écartés, en équilibre sur le pied droit (SI, le droit, pas le gauche)... ça marche !!! L'image est nette! La difficulté, que vous reconnaissez humblement, réside dans l'impossibilité de tenir cette position plus de 5 minutes. Pas de risque d'une orgie cathodique en l'abscence de l'Ingénieur en chef.cyclone_007
Vous avez voulu relater, avec orgueil, cette trouvaille.. mais n'avez rencontré que dédain amusé de la part de votre moitié...

Tout en songeant à ces contingences, vous attrapez un sécateur et, de nouveau dehors, vous entreprenez de tailler nerveusement vos arbustes. Complètement rincée, vous tentez de les délester des branches trop lourdes qui pourraient donner trop de prise au vent... Et si elles devenaient de dangereux projectiles?...Ridicule! Ne réalisez pas qu'un cyclone ne fait pas grand cas de vos jolis arbustes élagués avec amour. Il les arrachent. Sans pitié aucune.
Les heures s'égrainent.
Vous avez scotchés vos fenêtres (paraît que faut le faire!), et tapie dans le couloir (ben oui, loin des fenêtres, quoi), vous attendez en inventant des jeux idiots pour occuper vos marmots.
L'homme n'appelle pas. Ce doit être grave. Un homme qui n'appelle pas c'est toujours grave. Soit il vous a oublié (dramatique, auriez du mal à vous en remettre), soit il croule sous le travail (et rentrera d'une humeur massacrante), soit il savoure une bière avec des amis (sans vous prévenir? vous le trucidez)... et puis, dans un moment pareil, ça, il ne le ferait pas.
Il l'a fait.
L
e cyclone a dévié sa trajectoire.  Ne passera pas sur la Calédonie.
Il
est allé fêter ça.
- Comment? Tu ne savais pas? Mais pourtant la pluie avait faibli... je pensais... j- je croyais...que tu en déduirais...

Vous le trucidez.

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02 avril 2008

Chapitre 8 (suite et fin)

Ravalée la petite réflexion sardonique qui vous monte aux lèvres... vous creusez, creusez, creusez, ahanant, soufflant. Au bout d'un quart d'heure de ce petit manège éreintant, vous transpirez à grosses gouttes :
- Pourquoi ne pas utiliser la rame pour faire levier? Avec un peu de chance, cela suffirait à libérer notre embarcation ?
Moyennement convaincu mais désemparé, l'homme tente le tout pour le tout. La rame glissée sous la coque, de son épaule gauche, il initie un léger mouvement de balancier. «
Les moules, c'est la santé » daigne légèrement bouger, pas plus. Mais ce bateau vous nargue! Redoublant d'énergie, votre navigateur-chéri réitère son mouvement une fois, deux fois, trois fois jusqu'à ce que...no_l_2007_095
Bruit net et reconnaissable entre tous :
- Crrrrraaaaaaac!
... suivi de quelques invectives non relatables.
Pagaie brisée. Moral aussi. Tentatives désespérées de votre époux pour contenir son énervement.

Bilan
: chenal à l'état embryonnaire + 1 aviron en morceaux.
Après quelques atermoiements, vous suggérez de renoncer... Attendre la marée, c'est bien aussi.
Observer, au loin, des nuages menaçants vous donne une idée. Inutile de passer des heures à ruminer votre mésaventure :
- Peut-être devrions-nous aller nous promener un peu (à pieds!) avant que la pluie ne nous en dissuade? Autant en profiter pour visiter l'îlot!
De mauvaise grâce, votre moitié abandonne le chantier en grommelant.
Vous n'avez pas fait deux pas sur la plage (curieusement toujours aussi déserte) que vous percevez nettement des bourdonnement caractéristiques.
Invasion
de moustiques!!
L'homme en profite pour partir à la chasse... et se défouler ouvertement sur votre dos prétextant:
- «Mais chérie, il y a 14 moustiques qui te piquaient en même temps!!»
Vous faites de même, avec des arguments similaires! Pugilat général ...

Résumé:
vous êtes seuls, sur une île sauvage infestée de moustiques, sans bateau opérationnel...
Pour éviter de devenir le festin de vos agresseurs ailés, une petite baignade s'impose. Quelques brasses plus tard :
- Pourquoi ne pas nager un peu plus au large? suggère l'homme.moustique

- Heu... mais on est bien au bord, non? rétorquez-vous vivement (repensez sournoisement à votre infirmière et son requin!! Préférez barbotter.).

Ces dernières pensées vous troublent un peu. Tout compte fait tous les moustiques de Calédonie valent mieux qu'un requin... non ? Votre bain tourne court. Vous sortez de l'eau . La pluie s'invite aussitôt.
«Seuls sur le sable les yeux dans l'eau, mon rêve était trop beau» fredonnez-vous, non sans humour..

Votre regard (humide!) se perd dans le lointain. Tiens? une ombre sur l'eau. La brume vous empêche de distinguer clairement de quoi il s'agit.

- Tu vois? Interrogez-vous l'homme, pleine d'espoir.

- Je crois, oui. On dirait un bateau.

Il n'en faut pas plus pour vous faire bondir. Mouvements frénétiques et cris de hyène:

- On est là, hurlez-vous.

Une barque de pêcheurs s'approche. Vous riez de bonheur. L'aventure prend fin. Euphorie!! Vous commenciez à trouver le temps long.

- Mais, mais .... ils continuent leur chemin! éructez-vous.

  •  

Riez nettement moins...
- Ouhouh!! (
voix de stentor), reprenez-vous de plus belle.

Les deux mains sur la tête, atterré, votre mari lâche:

- C'est pas vrai, i
ls ne vont pas nous faire ce coup là!

Oh que si... Vos «sauveurs» passent devant vous, hilares. Visages réjouis, ils désignent le semi-rigide...

- Oui, on sait,
merci. On avait bien besoin de ça! lance, l'homme, furibard.

Délicieusement romantique...

K
aways vissés sur la tête, cordons noués au ras du menton, vous vous asseyez sur la glacière (mouillée!) et attendez....

Quand enfin, la mer daigne refaire son lit dans l'ébauche de chenal, vous vous précipitez.

 

Zodiac à flots, le moteur vrombit.

 

Un silence lourd pèsera sur toute la durée du voyage retour. Mine renfrognée. L'homme est vexé.

Posté par pauletmanue à 12:28 - Commentaires [3] - Permalien [#]
28 mars 2008

Chapitre 8: vous avez dit "romantique"?

«Une infirmière métropolitaine de 23 ans a été attaquée par un requin de grande taille, hier matin [...]. Levée tôt pour prendre des photos souvenirs, cette infirmière du CHT Gaston-Bourret, à Nouméa, venait de finir son contrat avec l’hôpital et s’apprêtait à rentrer chez elle, en Métropole. [...]Après avoir quitté le gîte [...], elle s’est jetée à l’eau, avec une de ses amies[...]

requinUn habitant témoigne: «La marée était haute, il y avait un léger courant. À quelques dizaines de mètres de la plage, j'ai entendu l'une des deux nageuses appeler à l'aide et revenir terrorisée à la plage. Son amie venait d'être attaquée à la jambe. Elle a dit que c'était un requin. [...]»
L’hypothèse avancée par les secours est celle d’un requin de grande taille, type tigre ou grand blanc. [...]La plaie mortelle part de la hanche pour finir au niveau du genou droit, et mesure entre 35 et 40 centimètres.»
Vous reposez les Nouvelles Calédoniennes, sans voix. A bord de votre nouvelle acquisition familiale, un zodiac de 5 mètres baptisé « les moules, c'est la santé », vous prenez le large, un peu moins motivée qu'avant votre lecture.

Vous camouflez précipitamment le journal sous un gilet de sauvetage (n'allez pas gâcher la journée par cet épouvantable récit), ouvrez grand les bras, faites de savants moulinets et prenez de voluptueuses bouffées d'air marin, roulant des yeux enthousiastes.
Vous en faites peut-être un peu trop, votre mari vous regarde d'un air soupçonneux...
Quelle merveille que cette étendue turquoise peuplée d'une multitudes de poissons endémiques ou coraux bigarrés. La mer est d'huile, fortifiante. Vous glissez sur les flots, les cheveux (frisottés!) au vent.

Après vingt minutes de navigation (ravissement!), vous parvenez à l'îlot Bailly dans le Parc Territorial du Lagon sud. Belles plages DESERTES (vous le regretterez), palétuviers remarquables dont les volumineuses racines sortent curieusement de terre, soleil au zénit: le REVE!
Aidée par votre mari-bien-aimé, vous déchargez l'équipement-pique-nique. L'après-midi peut commencer:
Parasol, nattes, glacière (remplie de bonnes bières fraîches et autres denrées appétissantes), petits pliants (ah non, l'homme les
bateau réserve pour vos vieux jours! «tant qu'on peut marcher correctement, on peut s'asseoir à même le sable, même si la terre est basse!» affirme-t-il), palmes et masques, magazines (que vous avez réussit à glisser subrepticement dans votre sac, avant le départ)...etc
Lézarder sous les doux rayons tièdes... 1 heure passe...
V
ous vous tournez vers votre cher et tendre; aux lèvres, un sourire extasié. Une légère brise se lève et vous caresse le flanc.
Et puis tout à coup, puissant coup de vent.
La serviette de votre adorable-époux vous fouette violemment, accompagnée d'un nuage de sable. Sursaut. Plus personne à vos côtés. Maudissez un peu l'homme-de-votre-vie : il vous aurait épargné ce désagrément s'il était resté tranquillement à brunir. Vous le cherchez.
Que fabrique-t-il allongé à proximité du bateau?
Son
visage est consterné.
- Je peux t'aider? hasardez-vous d'une voix timide.

Vous êtes plutôt circonspecte...
H
ochant la tête d'un air furieux, il désigne, impuissant, la coque du semi-rigide.
Vous constatez alors l'objet de son dépit: le zodiac, échoué sur le sable, se retrouve prisonnier, la marée ayant fait son oeuvre.
Irrésistible envie de rire. Se retenir, absolument.
Le visage contrit qui vous fait face est à la hauteur de l'humiliation subie...
L'incurie de votre mari semble toutefois décupler ses capacités.
Il s'engage, opiniâtre, dans un combat, perdu d'avance.

Stratégie
: placer toutes ses forces dans la réalisation d'un chenal.
Objectif : faire revenir l'eau autour du bateau dans les meilleurs délais (la marée ne saurait remonter avant plusieurs heures).
Moyens: ses bras musclés... et les vôtres (nettement moins athlétiques)!
Pourtant bavarde impénitente, vous vous taisez. L'heure est grave. (suite à venir)

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25 mars 2008

chapitre 7 (suite et fin)

Vous allez reprendre votre chemin quand elle précise, d'une voix flûtée:
- Attention, ne passez surtout pas par la rivière...
- Ah bon? Pour quelle raison?
Vous êtes intriguée.
- C'est tabou... susurre-t-elle.case
Elle perçoit votre
étonnement teinté d'interrogation mais se tait, et brusquement, vous tourne le dos, comme si elle avait trop parlé. Vous comprenez que l'entretien est clos.
Moyennement rassurée, vous contournez des bananiers, une palmeraie. La végétation est dense et, déroutée, vous ne voyez pas bien par où passer.
- PAS là, intime-t-on derrière vous.
Une nouvelle femme, robe mission verte et ton énigmatique, se tient devant vous.
- PAS là, répète-t-elle avec insistance.
Son avertissement vous semble étrange. Vous êtes-vous aventurée dans un lieu sacré?
Une certaine inquiétude monte en vous.
- Pourquoi? où suis-je? interrogez-vous, non sans crainte.
- Près de la rivière.
Bravo, vous félicitez-vous ironiquement. Vous voilà justement là où il ne faut pas. Ah, vous ne faites pas la maligne!
- «Ils» nous appellent... poursuit la femme, mystérieuse.
Votre appréhension grandit.
- Qui ça, «ils»?
Vous cherchez à être rationnelle, à vous raisonner .
- «Eux»
- .
...
- Ils entraînent les enfants...

- ...
- pour les noyer (!)

Vous frissonnez. Ces histoires vous donnent la chair de poule.

Vous n'allez pas vous laisser impressionner... hein?

Chassant d'horribles visions de votre cerveau, vous revenez, obstinément, à votre objectif initial.

- Mais comment rencontrer le chef? hasardez-vous, une dernière fois.

Tout de même, une certaine peur remplace progressivement vos velléités.

rivi_reVisage absorbé, elle ne répond pas.
Tout cela ne vous inspire guère...

C'est décidé, vous reviendrez plutôt avec votre mari.

Demi-tour...
Mais la femme en vert poursuit :

- «Eux», les Anciens... on ne sait pas ... beaucoup d'enfants sont morts dans la rivière...

Tout ceci commence à vous ficher la trouille.

Soudain, votre interlocutrice vous saisit le bras.

- Viens voir.

Pas rassurée du tout, vous ne pouvez vous dérober.

Elle vous conduit, à quelques mètres de là.

Sous vos pieds, un profond précipice. Il mène directement à la rivière. Courant violent.

Vous n'avez qu'une envie : détaler!

Vous ne savez plus ce que vous foutez là, comment vous vous appelez, vous finissez même par ne plus savoir si c'est le précipice trop abrupte ou bien les Anciens qui sont la cause de tous ces morts...

Vous souriez, crispée.

Ne pas essayer d'en savoir plus, rebrousser chemin...vite.

- Merci, balbutiez-vous. Je saurais m'en souvenir.

Vous abandonnez l'idée d'une petite baignade en eau douce. Le lagon offre tellement de magnifiques surprises? Non?

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21 mars 2008

Chapitre 7 :petits meurtres entre amis...

Les denrées étant rares ou nouvelles (quelqu'un peut vous dire ce qu'est la «chouchoute»?), vous avez délégué à la «gamelle» une partie de la préparation des repas .
Non, vous n'êtes pas pour autant devenue un mammifère quadrupède de la famille des
canidés, même si vos cheveux...
La «gamelle» est un traiteur, familial, chargé d'assurer, à moindre coût, quelques uns de vos menus hebdomadaires. Curieux nom mais idée bien pratique, déclinée sur tout le territoire.
Cette invention vous convient parfaitement, vos idées gastronomiques étant restées sans réalisation concrètes
depuis vos 6 ans, âge où vous jouiez encore à la dinette...
Un jou
r de crise culinaire aigüe, vous êtes invitée à une partie de cueillette de mangues dans un jardin privé. Les fruits sont chers, parfois difficiles à trouver. Belle opportunité.
Arrivée chez votre amie, vous vous préparez à la délicieuses récolte.
Armée d'une grande perche à crochet (pour les spécimens récalcitrants ou nichés trop haut), vous accompagnez, d'un pas décidé la maîtresse des lieux.Tiens, elle ne prend pas de perche, elle?
Comment va-t-elle procéder?
Vous mesurez pourtant dix bons centimètres d
e plus qu'elle.... (votre amie, pas la perche!)
Ok, vous avez compris: VOUS attrapez, ELLE ramasse.
Au boulot.
manguesCertains fruits ne sont accessibles que de la route qui borde la maison.
Vous sortez gaillardement afin de vous en emparer... sans prendre garde aux jappements lointains d'une «joyeuse» bande de chiens. (Votre 6ème sens est en berne...)
Dans un premier temps, l'objet de vos souhaits résiste. Vous vous obstinez. Munie de votre arme vous lui livrez un combat sans merci. Après vous être débattue comme une acharnée (ce n'est pas un fruit qui aura raison de votre caractère belliqueux, non mais)... Victoire!Tout en savourant l'issue de cette lutte farouche, vous remarquez un léger détail : une pellicule gluante recouvre vos bras, votre décolleté, votre cou....???

Pas un instant pour analyser cette nouvelle substance indésirable... une véritable meute de bâtards, tous crocs sortis surgit de nulle part... et vous attaque sauvagement. Les chiens errants sont pléthores sur le territoire mais vous ne vous attendiez pas à une telle offensive! L'un tente vainement d'attraper vos ballerines, l'autre vous lèche les mollets en attendant de les croquer, un troisième, d'une impolitesse extrême, vous renifle ostensiblement le derrière, un quatrième grogne bruyamment, campé sur ses pattes arrières, hargneux... Ce dernier finit par vous sauter dessus avec force.Déséquilibrée par l'assaut, vous en lâchez quelques précieuses mangues et, pusillanime, sonnez la retraite avec une célérité dont vous ne vous pensiez pas capable.
Juste le temps de vous précipiter, haletante, derrière la clôture du jardin de votre amie.
Le butin est maigre: trois malheureux fruits âprement gagnés.grappe_de_mangue
Ceux-là, vous allez vous les BOUFFER avec
volupté, vous les avez mé-ri-tés!!
Encore toute essoufflée et un peu piteuse, vous remerciez votre hôte (les mangues s'avèreront un vrai délice!) puis prenez rapidement congé...
Drôle d'impression, ces picotements. Bizarre... ça a l'air de s'intensifier. Ce pourrait-il que la curieuse pâte qui vous recouvre les membres s'avère hostile?
Les fourmillements deviennent démangeaisons.
Les heures passent.
Votre peau se colore d'une teinte rouge violacée.
Vous vous grattez avec véhémence. De nombreuses plaques mauves se forment et recouvrent la quasi totalité de votre buste. L'irritation s'intensifie. Fièvre.
Vous ne dormez plus.(Et tout ça pour
3 fruits...)
Votre épiderme est rongé par la sève des manguiers: brûlure au second degré diagnostique le médecin...
Alors qu'on ne vienne plus - JAMAIS- vous proposer une charmante petite cueillette champêtre et printanière en brousse... ce sera NON. Vous êtes définitivement trop gauche. Leçon comprise.
Vous restent encore les promenades (sans cueillette et sans chien, pitié).

Animée du désir de rencontrer les tribus locales, vous partez, seule, en éclaireur, demander l'autorisation au chef de fouler sa terre. La coutume veut que vous ne puissiez y pénétrer sans son aval et vous vous y plier bien volontiers.
Mais où trouver le chef? Comment savoir si on ne commet pas déjà une bévue en partant à sa quête?
Vous croisez des regards, indifférents, fuyants ou très avenants.
- Bonjour....Au revoir, tentez-vous poliment.

- Ta-Ta, vous réplique-t-on.

- ...
Ça veut dire ? Etes-vous la bienvenue ?
Plus vous avancez, moins vous savez s'il est judicieux de continuer à progresser...case_oua_tom
(On vous expliquera, quelques jours plus tard que «ta-ta» n'a rien à voir avec les «ta-ta-ta-ta-ta» vociférés par l'héritier, un pistolet à la main, en pleine imitation paternelle: «moa, je défends les gentils contre les méchants!»... Ces deux courtes syllabes sont une manière courante et affectueuse de dire «au revoir».)
Le chemin qui traverse la tribu est étroit et vous croisez peu de personnes.
Une femme vous adresse un geste de la main. 60 ans, large sourire.
Vous vous jetez sur elle avec un empressement à peine dissimulé:
- Bonjour, heu, je cherche le chef de la tribu. Où croyez-vous que je peux le rencontrer?

- Par là (mouvement vague en direction de l'horizon), répond-elle.

- Très bien, merci.
Votre sens de l'orientation s'avère déficient, certes, mais si vous ajoutez à cela la tendance de certains locaux à indiquer un « par là, par là», systématique et évasif... que vous soyez à 100m ou à 1 km de votre destination, cela conduit parfois à des itinéraires folkloriques!!
Vous allez reprendre votre chemin quand elle précise, d'une voix flûtée:
- Attention, ne passez surtout pas par la rivière...

- Ah bon? Pour quelle raison?

  •  

    Vous êtes intriguée.C'est tabou... susurre-t-elle.
  • Elle perçoit votre étonnement teinté d'interrogation mais se tait, et brusquement, vous tourne le dos, comme si elle avait trop parlé. Vous comprenez que l'entretien est clos. (suite à venir...)

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18 mars 2008

Idée cadeau

artisanat local: porte-manteaux d'enfants pour égayer leur chambre! une petite trouvaille...

mars_2008_006

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15 mars 2008

Chapitre 6 (suite et fin)

Votre époux bien aimé s'impatiente:
- On va au centre médical de Wé, tranche-t-il, excédé.

Wé, la plus importante agglomération des îles Loyautés... vous allez bien y trouver un praticien!
Capitale de cette île de 1150 km2, elle regroupe à elle seule trois tribus : Luecila, Qanono et Hnaase... (qu'on ne vous demande pas de prononcer leur nom!)
Abrutis par le climat, les gens, au bord de la route, semblent apathiques.
Une certaine indolence règne...

Vous parvenez enfin aux urgences locales, votre cadette sous le bras.mars_2008_004
Les «hommes» sont partis se restaurer vous laissant vous débrouiller seules (lâches!!). Vous passez rapidement devant la vitre du secrétariat, y jetez un coup d'oeil furtif.
Dans votre nouvelle robe mission, vous vous sentez moyennement à l'aise. Seriez-vous un peu décalée? Elle sied parfaitement aux femmes de l'île mais, à vrai dire, vous n'avez vu aucune métropolitaine s'habiller de la sorte.....
Votre reflet, l'amplitude du tissu.... quelle délicieuse sensation de fraîcheur! ... sans doute la cottonade, légère et fluide...le vent s'y engouffre aisément...
Ou bien, est-ce? oh non.... (horreur intégrale)
Vous constatez, effarée ... que votre tenue est, en fait,
complètement transparente!! Dire que vous n'avez rien remarqué jusqu'alors!! Vous restez quelques instants interdite.
Bouffées de chaleur, gestes désordonnés... vous finissez par attrapez fougueusement votre petite chérie dans vos bras afin de camoufler ce que vous pouvez.
La secrétaire médicale a dû s'absenter «un quart d'heure» stipule le petit papier.
Trois quart d'heure plus tard, vous frappez timidement à une porte derrière laquelle vous parviennent des voix étouffées.
mars_2008_006Une tête ébouriffée apparaît.
- Qui y a-t-il? demande un homme.

Vous l'avez ostensiblement dérangé.
- Pardonnez-moi, je cherche un médecin pour ma fille...

- Oui, eh bien, attendez votre tour.

Légèrement mortifiée, vous allez vous rasseoir sagement, votre fille sur les genoux.
Au bout d'une dizaine de minutes, l'homme-de-derrière-la-porte sort de son antre, un café à la main.
Mélanésien, une cinquantaine d'années, il plaisante tranquillement avec un patient et semble ne pas faire la moindre attention à vous.
Et, au moment où vous vous y attendez le moins :
- Venez.

mars_2008_007Empêtrée dans votre robe (très indiscrète!!), votre fille en sarouel, vous pénétrez dans le cabinet en rasant les murs.
Il vous observe avec étonnement (voudriez être 300m sous terre!) puis reporte son attention sur votre progéniture.
Un léger hématome sur la joue droite, évoque une récente escalade manquée...
- Qu'est-ce-qu'elle a eu?... le ton est soupçonneux.

- Oh, elle s'est cognée en jouant.

- ...
(ben quoi, ça arrive, non?)

- Je protège toujours les enfants
gentils des mamans méchantes...
(véridique!!!)
La moutarde vous monte au nez.
Vous vitupérez intérieurement contre celui qui ose ces supputations.

- Mais je peux vous affirmer qu'elle s'est bien...

- Oh, vous pourrez me raconter ce que vous voudrez....

Vous vous délitez sous l'accusation.
Ah, merde alors. Vous l'aimez autant qu'il est possible d'aimer, la dorlotez, la gâtez (un peu trop d'ailleurs), l'éduquez, la bichonnez, la chouchoutez, la cajolez...!!
Et impossible de vous défendre!

Il a dû voir trop de malheurs pour vous accuser de la sorte.

N'empêche, le coup est rude et inattendu.

Commence alors l'auscultation...

- Je vois...

Quoi? Que voit-il? Vous vous attendez à tout... méningite? Dengue? Fièvre afteuse? (heu... enfin, pourquoi pas?)

- Ce que je vais faire à votre fille est extrêment douloureux (!!). Si je vous le faisais, vous tomberiez dans les pommes.

Vous avalez votre salive. Effrayée, l'envie de partir en courant vous tenaille.

Vous attendez la suite.
Sept_2007_LIFOU_032
- Est-ce bien nécessaire?
Votre petit coeur de mère se serre.
- Oui, cela la calmera dans un deuxième temps.

Le docteur se munit alors d'une grande spatule en bois. Il l'approche de la cavité buccale de votre cadette et se met à lui labourer la gencive avec acharnement.

Le sang gicle. Hurlements de douleur.

- Voilà, ouf, la dent est sortie.

- ????

C'était donc ça?
Vous vous sentez ridicule.
Honteuse de constater l'exubérance de votre imagination, vous gratifiez votre interlocuteur d'un petit sourire gêné.

- Votre fille va aller beaucoup mieux maintenant.

De fait, les cris ont cessé et votre héritière joue tranquillement avec des trombones...

Il la regarde, presque paternel.

- Heu, merci beaucoup, beaucoup.
Comment dois-je vous régler?
Changement de ton...

- Ah, j'y connaît rien à tous ces trucs.

- ...

- Casse-toi, avant que je ne change d'avis.

Estomaquée. C'est toujours comme ça, ici?

Vous ne savez s'il faut partir ou pas, être reconnaissante ou pas, aimable ou pas, souriante ou pas.

- Allez, casse-toi.

Le geste de la main est éloquent.
Vous bredouillez des remerciements, embarquez votre fille, ne cherchez plus à comprendre... et courrez vous réfugier dans votre voiture (toujours en rasant les murs).
Déroutant, ce toubib bourru est tout de même d'une belle générosité.

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11 mars 2008

Chapitre 6 : bigoudis en folie

Pour vous remettre de vos émotions, rien de tel qu'une petite séance chez le coiffeur.
PB230089Tout comme le courrier, le marché, la bibliothèque, etc, la coiffeuse se trouve... dans le camp.
Bon, vous arrivez en retard (toujours pas intégré le lever des couleurs dans le planning!!) et bien moche (depuis quand arrive-t-on chez le coiffeur déjà «brushée»?).
Racines adipeuses, délicieusement brunes, contrairement au reste de votre blonde chevelure. Eh oui, c'est dit, vous êtes une FAUSSE blonde qui vit (très) mal la terrible humidité tropicale ambiante. Entre le bichon maltais et le caniche, vos pitoyables frisettes vous font ressembler, à
une créature canine hybride inédite.
Pourtant, on vous accueille comme une princesse.
- Alors, qu'est-ce qu'on leur fait? Un «flash», comme d'habitude? On rafraîchit les racines?

- Parfait.

Vous vous abandonnez aux mains expertes et savourez ces instants de délice.
Après le badigeonnage, les mêches sont recouvertes de multiples feuilles de papier aluminium en couches régulières.
- Pour que la couleur prenne bien.

S'il faut ça... En sapin de noël futuriste, vous feriez fureur!
Vous contemplez votre reflet. Sourire niais. Heureusement que personne ne vous voit dans ce lamentable état.
A cet instant exact, la porte du salon s'ouvre brutalement:
- On avait dit demain pour la coupe militaire mais j'ai un empêchement. Pouvez pas me prendre, par hasard?

Grand, port de tête altier, démarche assurée, un homme à l'uniforme impeccable vient d'entrer dans le salon aux vitres
sans teint (détail très important!! vous aviez misé sur l'effet à-l'abri-des-regards!)
Vous vous enfoncez profondément dans votre siège et tentez de vous dissimuler derrière un
Paris Match de novembre 1998 (viennent par bateau et tout et tout, faut le temps... Vous apprendrez vraisemblablement le mariage de Nicolas Sarkozy avec Carla au moment de leur divorce!!)
N'a pas l'air de vous avoir remarquée. Ouf.
- Vous avez eu le temps d'écrire l'article pour demain?
- ...

Et voilà... non seulement le subterfuge n'a pas fonctionné, mais en plus il va vous trouver terriblement grossière de ne pas l'avoir salué...

- Je vous l'envoie par mail... répondez-vous en hôchant la tête
(vos papillottes dansent la samba), atrocement gênée.
Le rédacteur en chef du journal du camp (eh oui, ils ont même leurs propres organes de presse!!) s'enquiert de votre papier...

- Quel accueil la tribu vous a-t-elle réservé?

- Charmant, les femmes m'ont montré leurs ateliers de tressage (feuilles de palmiers), expliqué le droit coutumier...etc

Pas d'échappatoire. Vous offrez impudiquement vos cheveux huileux aux yeux de l'interlocuteur.
Vous vous imaginez, vous, bigoudis sur la tête, en train de parler boulot avec votre patron?palmiers
Pas simple de garder contenance.

Vous, cramoisie, tentant de conserver un peu d'assurance.
Lui, très poli, comportement
normal, un poil (!) supérieur.(Vous en déduisez donc que si un jour, vous vous faisiez raser la tête, à l'exception d'un petit palmier vert au milieu du crâne, PERSONNE, ne vous dirait rien!)

Heureusement, la «coupe mili» est généralement rapide.
Vous voyez venir la fin de votre «supplice».

Petit signe du menton (votre échaffaudage savant menace...) :

- A bientôt!

Vous vous retrouvez de nouveau seule, avec Veronica.
- On va passer au bac.

Et de vous exécuter, docilement.

- Tu as eu le temps de visiter la Calédonie depuis ton arrivée? vous interroge-t-elle.

- Un peu, nous avons, notamment pu découvrir Lifou. Superbe!
Cette île loyauté est un petit bijou de verdure dans un écrin turquoise...
A cette pensée vous revient un souvenir nettement plus, comment dire, rocambolesque...
Voilà déjà quatre jours que vous explorez l'immense platier de corail sous des trombes d'eau.
Aujourd'hui, c'est Foire des îles.
Inauguration grandiose. Danses. Discours. Danses. Discours. Danses. Discours. Danses...
Votre époux bien-aimé vous offre une superbe robe mission bleue (deviendra grise au premier lavage) que vous arborrez fièrement.Seule ombre au tableau: il semblerait que votre cadette fasse les frais du climat tropical. L'humidité malmène sa petite santé...39.5°, gémissements, yeux hagards.Pas question de laisser traîner.Vous vous mettez en quête d'un médecin.
Premier dispensaire, à Mu.
Une inscription indique «le médecin consultera le 5 novembre.» Très bien ... sauf que vous êtes le 15 septembre.Votre fille aura eu le temps de creuver dix fois sous vo001s yeux d'ici là !
Deuxième dispensaire, à Drueulu (ça ne s'invente pas!).

 

Personne. On peut y lire :

Bien. Il est midi. C'est samedi.
Inspiration profonde. Vous fermez les yeux un court instant. (Si, si, vous êtes tout à fait calme.)
Votre fille, hébétée, ne prononce plus que quelques monosyllabes quasi inaudibles.
L'héritier a faim et le fait clairement comprendre.
Votre époux bien aimé s'impatiente.....

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